Pourquoi nous avons investi dans Ampersand

Par Guilhem Dupuy, Partner chez Gaia Impact

Le défi

Le secteur des transports en Afrique fait face à une triple crise. Les populations urbaines en forte croissance du continent dépendent largement des taxis-motos, appelés boda bodas en Afrique de l’Est, à la fois pour les déplacements quotidiens des usagers et comme source de revenus pour la jeunesse urbaine. Pourtant, ce secteur vital est confronté à des inefficacités économiques, à des défis macroéconomiques et à un coût environnemental croissant.

Les chauffeurs de taxis-motos supportent des coûts d’exploitation élevés. Au Rwanda, par exemple, un conducteur de boda boda gagne en moyenne 15 $ par jour, dont 11 $ sont consacrés au carburant, à la maintenance et à la location du véhicule. Pour la majorité des chauffeurs, le coût de la moto constitue la dépense quotidienne la plus importante, ce qui réduit fortement leur revenu net à des niveaux peu soutenables. Ce défi est systémique à l’échelle du continent, avec environ 30 millions de motos en circulation, dont 90 % sont utilisées à des fins commerciales.

La macroéconomie des transports pèse depuis des décennies sur les finances publiques. Dans la plupart des pays africains, le secteur des transports dépend principalement des carburants fossiles importés. Cette forte exposition aux marchés mondiaux du pétrole accroît la vulnérabilité aux chocs inflationnistes. Parallèlement, les importations de pétrole, souvent libellées en devises étrangères, creusent les déficits commerciaux et exercent une pression à la baisse sur les taux de change locaux, augmentant les risques de dépréciation monétaire. De nombreuses économies africaines font déjà face à des déséquilibres structurels de leur balance commerciale ; une facture pétrolière élevée aggrave la balance des paiements et peut conduire à une accumulation de dette extérieure.

Le troisième défi est environnemental. Les motos thermiques traditionnelles contribuent fortement à la pollution de l’air urbain et aux émissions de carbone, tandis que l’urbanisation rapide du continent accentue encore ces problématiques. Selon l’AIE, le secteur des transports est la première source d’émissions de gaz à effet de serre en Afrique, représentant 42 % des émissions totales, contre 24 % au niveau mondial.

Chez Gaia Impact, nous sommes convaincus que l’impact social et environnemental est étroitement corrélé à la croissance économique. Grâce aux solutions de mobilité électrique, l’Afrique dispose d’une opportunité unique pour répondre à ces défis économiques et environnementaux, tout en redonnant du pouvoir d’achat à sa jeunesse et à ses gouvernements.

La solution

Le secteur de la mobilité électrique s’est historiquement concentré sur les deux-roues électriques, en répondant à des points de friction majeurs (coût initial et anxiété liée à l’autonomie) grâce à des solutions d’échange de batteries. L’échange de batteries dans des stations dédiées est un moyen pratique et abordable d’accélérer l’adoption de la mobilité électrique, car il réduit significativement le coût total de possession tout en garantissant une expérience quotidienne fluide pour les conducteurs.

Ampersand a été la première entreprise à déployer un réseau d’échange de batteries à l’échelle d’une ville à Kigali, au Rwanda, offrant une expérience utilisateur unifiée et des motos robustes capables de gravir les collines escarpées de la capitale. Après le Rwanda, où se situe toujours sa principale ligne d’assemblage, l’entreprise s’est étendue à Nairobi, au Kenya.

L’approche intégrée de l’entreprise combine plusieurs innovations clés : des batteries haute performance propriétaires spécialement conçues pour les conditions africaines, des motos électriques conçues sur mesure offrant des performances comparables à celles des motos thermiques, ainsi qu’un réseau dense de stations d’échange permettant un « ravitaillement » plus rapide que dans les stations-service traditionnelles. Cette pile technologique centrée sur l’utilisateur est orchestrée par un système de gestion de flotte et de batteries piloté par l’IA, optimisant la durée de vie des batteries grâce à la maintenance prédictive et garantissant une expérience fluide à tout moment et en tout lieu.

L’entreprise a atteint une échelle remarquable, avec plus de 6 000 motos électriques en circulation, 20 000 échanges de batteries quotidiens et plus de 400 millions de kilomètres parcourus par ses clients. Sur le plan économique, Ampersand est sur le point de réaliser ce qui relevait encore récemment du rêve dans le secteur des énergies renouvelables : faire des batteries des actifs pleinement bancables, avec une durée de vie prévisible et une valeur résiduelle durable.

L’impact

Cette approche intégrée offre une économie utilisateur très attractive : les motos électriques d’Ampersand coûtent autant à l’achat et au financement que les motos thermiques, mais coûtent 30 à 40 % moins cher à l’usage et plus de 50 % moins cher à l’entretien. En passant à Ampersand, les conducteurs peuvent augmenter leur revenu net jusqu’à 45 %. Cette amélioration significative s’attaque directement au piège de la pauvreté auquel sont confrontés de nombreux chauffeurs de boda bodas. Chaque conducteur soutenant en moyenne quatre personnes supplémentaires (moyenne entre le Rwanda et le Kenya), l’augmentation des revenus se traduit par de meilleures opportunités en matière de santé et d’éducation pour leurs familles.

Sur le plan environnemental, le réseau d’Ampersand a permis d’éviter à ce jour 14 000 tonnes d’émissions de CO₂. Chaque moto électrique élimine environ 2,3 tonnes de CO₂ par an tout en réduisant la pollution de l’air urbain qui affecte des millions de citadins. À mesure que l’entreprise se développe, cet impact environnemental s’amplifiera considérablement.

Les implications économiques plus larges sont tout aussi prometteuses. En s’appuyant sur des systèmes énergétiques domestiques, largement renouvelables au Rwanda et au Kenya, les motos électriques réduisent la dépendance aux carburants fossiles importés. Elles renforcent ainsi les économies locales, contribuent à réduire les déficits commerciaux, préservent les réserves de change et diminuent les risques de chocs inflationnistes et de cycles de dévaluation monétaire. À grande échelle, la mobilité électrique a le potentiel de réécrire complètement le destin économique des nations africaines.

Le succès de l’entreprise illustre le leadership africain dans la transition mondiale vers les véhicules électriques et positionne l’Afrique de l’Est comme un pôle d’innovation. Concrètement, Ampersand ouvre la voie à des modèles reproductibles : avec 99 % des batteries encore actives après 18 mois et un taux de rétention des revenus clients supérieur à 100 %, Ampersand collabore désormais avec sept marques de motos pour développer des véhicules utilisant sa solution énergétique. Les acteurs des stations-service s’engagent également : deux d’entre eux ont déjà investi dans Ampersand et accueillent des stations d’échange Ampersand sur leurs sites.

Pour Gaia Impact, Ampersand représente une parfaite cristallisation de notre thèse d’investissement : une solution technologique qui répond à des enjeux sociaux et environnementaux critiques tout en générant de solides rendements financiers. Elle illustre également une conviction de longue date de notre équipe : les solutions africaines peuvent mener l’innovation mondiale dans les technologies durables, en faisant émerger des technologies conçues pour l’Afrique et déployées à l’échelle mondiale.

Pour en savoir plus sur la transaction, rendez-vous sur le site d’Ampersand.

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